Project produced by the 9/9 Bis (Oignies, FR), and shown in a solo exhibition in Aquaterra (Drocourt, FR) and other cultural sites of the area.

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English version below.

Photographier les terrils – une proposition vertigineuse, c’est-à-dire à la fois dangereuse et tentante. Car qu’est-ce qu’il peut bien se trouver là-bas à voir ? Une pierre noire, recouvrant tout en une gestalt minimale… A priori, pas de quoi attirer celui qui cherche un “sujet” : ni action, ni lumière, ni formes. Mais cette indétermination du paysage des terrils est pourtant ce qui le rend proprement photogénique.

Jeune et ronde, le terril est une montagne féminine. Une matière rocheuse d’une étonnante richesse en courbes, malléable, chaude, humide, à travers laquelle il faut tracer son propre chemin. Les images y répondent au même impératif d’initiative. Ici, elles ne se livrent pas toutes faites, reconnues en une épiphanie, mais s’acquièrent au gré d’une quête patiente, et d’une volonté de les construire, de les imaginer à partir des éléments bruts observés sur place.

Ce n’est donc pas ici le sujet qui impose un cadrage ; c’est le cadrage qui construit un sujet. Tout, sur le terril, est susceptible d’être redécoupé arbitrairement en image. C’est ce qui fait l’enjeu – à la fois le danger et la chance – d’un tel projet. Il ne fallait pas que le lieu réel passe à la trappe de cette opportunité, et que le photographe s’en empare comme d’un prétexte, s’y inscrivant lui-même de force. C’eût été abuser une seconde fois d’un paysage qui a déjà donné.

Mais outre cette ouverture, les terrils imposent bien quelque chose à qui essaie de les regarder : un questionnement d’échelle, un étonnement d’échelle. La présence de ces reliefs ne répond pas à nos habitudes d’habitants de la plaine. Le terril paraît lointain lorsqu’il est proche, proche lorsqu’il est lointain : sa simplicité formelle trompe l’oeil distant, qui croit y apercevoir un rocher sur la perspective de la plaine. Mais une fois à proximité, sa dimension inattendue le rend sublime, et trompe le pas, qui s’attend à une ascension fastidieuse. On y découvre pourtant un paysage riche en replis, et accueillant avec son visiteur, qu’il laisse glisser le long de ses pentes avec bienveillance.

Photographier le terril demandait donc de rendre compte de cette étrangeté d’échelle, comme d’un tour qui nous serait joué par ce paysage que nous avons pourtant construit. Comme si, après avoir passionnément creusé le sol sans regarder en surface, l’on s’était retournés pour découvrir avec étonnement que cette toute énergie, qu’on croyait partie en fumée, avait finalement bel et bien donné naissance à une possibilité inédite.

Personne ne pouvait s’attendre à ce que le reste du travail aveugle de vidage du sol – ce pur relief, trop chaud, trop meuble, trop rare, trop honteux pour être exploité une seconde fois – ait finalement à voir avec notre regard sur le paysage en surface. Le terril nous donne la possibilité unique d’introduire une dynamique dans notre perspective : nous ne sommes plus perpétuellement à ras, écrasés entre ciel et terre ; mais pouvons désormais chausser temporairement les bottes du géant, goûtant ainsi la sérénité de celui qui peut regarder son propre monde de haut.

The north of France is crossed throughout by the Bassin Minier, a former heavy coal mining area. The 9/9 Bis, a public foundation taking care of that industrial heritage, has commissionned me for this photographic project.

The main idea was to explore and document two different coal slag heaps in the Bassin Minier, one of them being rather small and simple, in the middle of the coal mining field, and the other being large and complex, at the south border of the field.

In terms of photography, it is a bold project. Coal slag heaps are a very banal and despised component of the landscape there, places very simple in terms of shape, liveliness, colors. They are basically gestalt-heaps of black rock, usually forbidden to public access. But by wandering there with a photographer’s point of view, one realises that this apparent simplicity is a great freedom. This is a kind of landscape so minimal, that it is free to be completely recomposed by the way of photographic framing. And in an area so flat in terms of topography, their presence introduce a strange glitch in one’s perspective, by giving the sudden opportunity to take height and discover a point of view on that land that would have never existed without coal mining exploitation.

No one could have predicted that long years of inhumane, blind, subterranean work would have eventually provided us with the empowering possibility of seeing one’s own landscape from above.

I used one of my favorite cameras, a medium format 1975 Bronica EC-TL, shooting square compositions cut out from the raw matter of the landscape. Positive color film carried out the landscape further into fantasy, by heavily transforming the natural colors, introducing balance shifts and slightly unreal tints.

The exhibition at Aquaterra, in Drocourt:

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